Révélation si « je ne digère pas le cru »

Cette question préoccupe de nombreuses personnes qui aimeraient bien profiter des bienfaits du cru, dont on vante les mérites dans les médias et dans les réseaux liés à la santé.

Mais, et c’est un « mais » de taille, ils disent qu’ils ne supportent pas le cru. Chaque fois qu’ils mangent « le cru » dont ils parlent, sans plus le définir, c’est la même réponse : gaz, ballonnements, douleurs intestinales, bref, une déroute digestive.

Sur les symptômes, rien à dire, ce sont des faits, mais sur leur cause supposée, « le cru », il est important d’entrer dans les détails, de préciser ce que ce fameux « cru » signifie.

La réponse est toujours la même : manger cru = manger des salades composées de légumes avec une sauce et parfois même des fruits.

Les choses sont dites. Maintenant, je vais vous inviter à suivre une petite expérience. J’invite dix personnes à déjeuner et je leur sers une salade composée avec de la laitue et, coupés en dés, concombres, tomates et oignons frais. Le tout bien mélangé avec un grand filet d’huile d’olive, un demi-citron et une pointe de sel. Une salade normale, quoi.

Logiquement, tout le monde devrait terminer son assiette, ne serait-ce que par politesse pour certains. À l’extrême, l’un des convives pourrait laisser quelques rondelles de concombre au bord de son assiette. Et encore, tous les ingrédients sont entièrement maquillés par la sauce, je mâche mes mots, comme une femme se maquille pour paraître plus belle aux yeux de …, probablement qu’elle ne se trouve pas suffisamment belle à l’état naturel… Elle comme la salade vont être ainsi consommées en se faisant passer pour quelqu’un d’autre.

Le deuxième jour, je leur sers la même salade composée que la veille, mais sans la sauce. Cette fois, nous allons probablement voir des convives laisser le concombre ou les tomates sur le bord de leur assiette. Avec un peu de chance, on pourra même voir un convive récupérer les tomates laissées pour compte par un autre. Bref, sans maquillage, les aliments désagréables à consommer montrent leur vrai visage.

Le troisième jour, je leur présente les légumes tels quels dans des récipients séparés. Avant qu’ils commencent, je les informe que ces légumes poussent tous dans des endroits différents et qu’ils ne pourront pas faire de mélanges. Ils ne pourront donc en consommer qu’un seul, mais ils pourront tous les sentir préalablement pour faire leur choix. Alors, un convive va manger 2 concombres, un autre 5 tomates et un autre encore 2 laitues entières. Bref, chacun va consommer une quantité bien précise d’un aliment bien précis.

Le convive qui aura consommé deux concombres entiers en s’en régalant et en le digérant ensuite sans même s’en rendre compte, pourra comparer ce repas avec les précédents. La conclusion lui sautera alors aux yeux : les autres fois, il avait ingéré des aliments qu’il n’aurait jamais dû consommer parce qu’il n’aurait pas pu le faire sans assaisonnement ; de plus, il les avait mélangés avec d’autres aliments tout aussi indésirables ; il n’avait pas non plus comblé son besoin de concombre et il n’avait aucun moyen de le savoir ; et pour finir, la digestion du peu de concombre qu’il avait pu consommer avait été très perturbée par les autres ingrédients. Bref, Il avait fait tout faux.

En outre, il faut savoir que lorsque l’on met un aliment en bouche, une salive spécifique est produite par les glandes salivaires et l’accompagne dans l’estomac, où d’autres sécrétions spécifiques sont aussi produites en abondance. Cette situation, limpide par sa simplicité, a été la norme dans notre lignée pendant plus de 4 millions d’années et nous savons encore très bien le faire aujourd’hui.

Mais lorsque deux types de sécrétions, correspondant à deux aliments consommés en même temps ou successivement, se retrouvent face à face avec des fonctions tout à fait différentes, on comprend le bazar à venir.

Même si une pomme, une figue, une algue, un crustacé sont composés de multiples constituants (glucides, lipides, protides, micronutriments, etc.) dans des proportions variables et spécifiques, nos organismes ont coévolué avec cette complexité constitutive naturelle pendant des millions d’années.

La digestion d’un mélange étant moins efficace que celle d’un seul aliment, il est logique d’en payer le prix par des désagréments digestifs. Ceci dit, supprimer drastiquement le cru entraînera forcément des carences en micronutriments majeures et autrement plus problématiques. Les seuls qui se régalent dans cette histoire, ce sont les industriels qui surfent sur le marché florissant des compléments alimentaires.

Cela étant, maintenant que vous êtes totalement informés sur les méfaits de l’empilage des aliments, il faut intégrer le fait que nous vivons tous dans un contexte culinaire, social et professionnel peu adapté à l’approche sensorielle de l’alimentation pour une multitude de raisons, de contextes et de situations différentes. Transition alimentaire, plage alimentaire restreinte, fragilités affectives et/ou familiales, tant avec nos parents qu’avec nos enfants, confrontations avec les différentes autorités de l’enfance (scolaires, sportives, artistiques et médicales), rituels familiaux ou professionnels : dans tous ces cas, vous risquez de perdre gros si vous ne mettez pas un peu de souplesse dans votre pratique.

Il est bien plus dommageable de plonger pour des spaghettis au roquefort (un vieux fantasme 🙂 que de batifoler dans une salade composée, surtout si vous avez appris à en sélectionner les ingrédients de façon sensorielle. C’est dans la même perspective du « moins pire » que je m’intéresse aux graines germées, à la crusine, voire même à l’hypotoxique de Seignalet dans le Plan Cru,[1] toujours moins pires qu’une ventrée de frites !.

Si vous me dites que vous ne digérez pas le cru, je vous répondrai que c’est possible mais que ce n’est pas sûr, et je vous conseillerai de tester la clé sensorielle et le mono-aliment avant d’aller voir un naturopathe. En effet, si ce dernier ne connaît pas les outils de l’alimentation sensorielle[2], il risque de vous prescrire à tort des purges dévastatrices pour votre biotope intestinal, voire des jeûnes à répétition qui useront vos télomères[3] sans rien résoudre.

Vous êtes tous des champions et, pour vous en convaincre, il n’y a rien de tel que de le vivre en suivant vous-mêmes la procédure d’évaluation sensorielle[4].

Bon appétit !!!

Dominique Guyaux


[1] https://alimentationsensorielle.fr/le-plan-cru/

[2] Voir l’article « Révélation : la clé sensorielle de l’alimentation » et la vidéo sur la clé sensorielle :

[3] Voir l’article : « Révélation sur le jeûne » : https://alimentationsensorielle.fr/2018/05/16/revelations-sur-le-jeune/

[4] Ibid Note 2

Dominique Guyaux

Dominique Guyaux

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5 Responses

  1. Merci, très intéressant. Tiens que vous parlez de roquefort, donc au lait cru, c’est si grave que ça ? (je ne parle pas des pâtes au roquefort, cuit donc dans l’huile, sans même parler des pâtes) ….

    1. Bonjour Stephan, oui, le roquefort est une supercherie sensorielle, non seulement comme tous les fromages et comme toutes les transformations, mais aussi parce que le lait, même cru, ne fait pas partie de notre plage alimentaire. Seul le lait maternel est normal pour le petit de la mère de son espèce. Lisez « L’éloge du cru », vous y trouverez plein d’évidences pas très évidentes de prime abord… Cordialement,
      Dominique

  2. C’est très éclairant et ça permet d’inciter les personnes qui font ce constat de l’indigestibilité du cru, à tenter l’expérience du mono-aliment (idéalement après une identification sensorielle de l’aliment à tester !). Merci pour ton implication à transmettre ton expérience et tes découvertes de terrain.

  3. Merci pour cet article, ça me semble tellement évident à présent que j’ai expérimenté (et adopté) le mode cueilleur sensoriel. J’avais appris avec Thierry à proposer des jus à ceux qui me disaient ne « pas supporter cru », je pourrais dorénavant proposer le mode cueilleur sensoriel, même s’il me semble difficile à adopter d’emblée…

    1. Bonjour Sophie, je confirme, l’alimentation sensorielle ne peut s’appliquer d’emblée, tout un travail préalable de désapprentissage doit être fait pour libérer le système sensoriel de l’emprise du culinaire. Et parallèlement, tout apprentissage est nécessaire pour reconnecter son système sensoriel avec ses racines oubliées… Cordialement, Dom

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