CulT – Le virus culturel – Partie 2

CulT 2

Pour comprendre le monde dans lequel nous vivons, il est fondamental de savoir de quels mondes nous venons. Celui de l’histoire, et de la préhistoire, sans oublier le monde d’avant.

Avant de commencer à manger comme nous mangeons encore tous aujourd’hui, c’est-à-dire en transformant nos aliments, nos ancêtres ont forcément mangé autrement. Pas seulement depuis que notre lignée évolutive s’est séparée de celle des chimpanzés il y a environ 7 millions d’années, car nos ancêtres sont des mammifères depuis 200 millions d’années. Cet « autrement » s’enracine donc vraiment dans les profondeurs du temps.

Ce mode alimentaire d’avant nous n’a jamais pu être étudié car la non-transformation des ressources alimentaires ne laisse ni récipients, ni outils, ni traces de calcination. Cette notion de non-transformation mérite cependant d’être plus précisément définie, car depuis quelques années des scientifiques s’intéressent à la matrice alimentaire2 de l’aliment et le représentent dans la cohésion de ses différents constituants.

Même des traces de découpe et de décarnisation sur des os fossilisés ne disent pas que la matrice alimentaire de la viande ait été affectée par ces opérations.

Cette absence totale d’indices formels a laissé le champ libre à l’idée d’un comportement alimentaire animal ou bestial ne méritant ni plus, ni moins d’attention que celui de milliers d’autres espèces animales, toutes aussi étrangères à l’humanité telle que nous la percevons aujourd’hui.

Ceci étant, si nous ne disposons d’aucuns vestiges matériels de cette époque, il n’en reste pas moins que nos ancêtres ont vécu des millions d’années en se nourrissant autrement que nous le faisons depuis l’événement de la transformation alimentaire. Dans un contexte écologique (biodiversité disponible) et climatique (tropical) très différent du nôtre, certes, mais durant cette très longue période de l’histoire de notre lignée, nos ancêtres ont évolué et se sont parfaitement adaptés à leurs environnements sans transformer leurs ressources alimentaires.

Compte tenu de cette durée, il est impensable d’imaginer que notre patrimoine génétique n’ait conservé aucune trace de cette adaptation très profondément ancrée en nous. C’est en suivant cette piste que j’ai pu mettre à jour l’existence d’un comportement alimentaire pré-culturel3 fondé sur une approche sensorielle s’appuyant sur des sens hyper-qualifiés : l’olfaction, la gustation et la digestion. Ainsi, en étudiant ces vestiges conservés dans notre patrimoine génétique, j’ai pu reconstruire le comportement alimentaire de nos ancêtres cueilleurs.

Les performances de ce comportement alimentaire sur la santé physique ont ainsi pu être mises en valeur, mais son impact sur le psychisme et la santé mentale n’est un sujet pour personne. Pour cause, dans le contexte du virus CulT, les liens entre la santé physique, dégradée par l’alimentation transformée, et la santé mentale sont tellement chaotiques qu’il est impossible d’y voir clair.

Il me suffit donc de remplacer le verbe manger par le verbe « penser » pour ne pas me paraphraser en écrivant que : avant de penser comme nous pensons tous aujourd’hui, nos ancêtres ont forcément pensé autrement, et ce, depuis les temps immémoriaux déjà évoqués en début d’article.

Mais les vestiges éventuels d’une pensée ancestrale sont inimaginables, tant sur le plan matériel que sur le plan génétique, et pour notre pensée actuelle, faussée par le virus CulT, c’est une pensée impensable.

Jusqu’à ce jour… car nous disposons maintenant de plusieurs éléments susceptibles de nous révéler des indices plus que prometteurs à cet égard. En effet, le comportement alimentaire du cueilleur ayant été scientifiquement décrit4, maintenant que nous avons montré de quelle façon ce comportement perturbait le développement du psychisme de notre espèce , il devient possible de revisiter l’histoire et la préhistoire de notre espèce5 pour esquisser les contours d’une pensée antérieure à toutes ces histoires.

Ce virus impacte la destinée évolutive de son hôte à deux niveaux aussi importants l’un que l’autre, le premier concernant la survie de l’individu et le second la survie de son espèce.

En effet, l’alimentation transformée perturbe la physiologie alimentaire, donc la santé physique, d’où la diététique et la médecine. Les perturbations de premier niveau sont attestées par les statistiques de l’OMS sur la santé.

L’alimentation transformée perturbe aussi le développement du psychisme en modifiant les équilibres subtils des mécanismes présidant à la reproduction. En conséquence, la persistance de l’état affirmatif à l’état adulte se traduit par une forme d’inflammation de la libido6 qui pose un vrai problème chez l’homme, par sa supériorité physique naturelle sur la femme. Une libido calée sur le mode interrogatif est connectée à la réponse du partenaire, alors que, sur le mode affirmatif, elle défonce tout sur son passage pour arriver à ses fins. C’est la raison pour laquelle les hommes en viennent à assouvir leurs exigences infantiles de façon abusive ; le calvaire que vivent les femmes depuis au moins dix mille ans en est une conséquence directe.

Les perturbations de second niveau sont, quant à elles, attestées par une démographie galopante jusqu’à devenir exponentielle ces dernières décennies.

Aucun vestige préhistorique, disions-nous… que nenni : tellement énormes qu’ils en sont devenus transparents à nos esprits ! Je veux parler de la naissance de l’art au Paléolithique et de la naissance des grandes civilisations au Néolithique. Le premier nous dit précisément quand les premiers symptômes sont apparus dans l’histoire de l’humanité et le second nous indique quand le niveau de contamination de la population a atteint un seuil critique.

Les œuvres artistiques les plus signifiantes pour notre réflexion sont les statuettes stéatopygiques que nous ont laissées les premiers lanceurs d’alerte de l’humanité, car elles plaident en faveur de la première épidémie d’obésité de l’humanité en Europe au Paléolithique.

Lorsque les premiers Homo Sapiens sont arrivés en Europe à la fin d’une période glaciaire, le climat n’avait rien de tropical. Les ressources alimentaires végétales non plus alors que la faune était abondante et très accessible grâce à la chasse organisée. C’est en réponse à cette situation que la transformation des ressources alimentaires s’est imposée, autant pour compenser la faible diversité végétale que pour exploiter la surabondance des ressources animales, juste pour survivre.

Mais l’approche sensorielle est inutilisable avec des ressources transformées, car les appels sensoriels, et surtout les arrêts sensoriels, sont quasiment désactivés quand la matrice alimentaire de ces ressources est dégradée. C’est ainsi que, pour la première fois de leur histoire, nos ancêtres ont été confrontés à des aliments transformés, dotés d’une appétence intrinsèque inconditionnelle et sans disposer de système de régulation de leur consommation.

La diététique ne s’imposera effectivement que bien plus tard, et l’hypothèse d’une première épidémie d’obésité tient la route, indépendamment de ce que nos ancêtres ont pu sacraliser de cet état de fait. Le culte de la mère nourricière et autres interprétations sont issues de scientifiques ayant fait de leur mieux, sans pouvoir prendre en compte l’impact du virus CulT sur le psychisme et sur cet événement.

Nos ancêtres du Paléolithique, eux aussi dépossédés de leur approche interrogative, ont été confrontés pour la première fois de leur histoire à une ressource alimentaire trafiquée, tout à la fois attirante et nocive pour la santé, scellant ainsi la première fracture nature/culture majeure de l’humanité.

En analysant la situation des auteurs de ces premières manifestations artistiques, tant picturales que sculpturales, avec le prisme du virus CulT, nous pouvons éclairer leurs motivations d’un jour tout à fait nouveau. Pour illustrer mes propos, voici la lettre que j’ai écrite à Joachim7, un artiste que j’affectionne particulièrement et que je bassine régulièrement avec mes idées loufoques :

Cher Jo,

Un artiste est un artisan qui souffre d’un désordre psychique. Des grottes ornées du Paléolithique aux galeries d’aujourd’hui, l’expression artistique est un symptôme du dysfonctionnement psychique de l’espèce humaine dont le développement préfigure sa déchéance. La fonction de l’art, en regard de l’évolution, est de nous alerter. Les artistes sont des lanceurs d’alerte inaudibles pour les individus actuels dotés d’un psychisme infantile affirmatif, car ceux-là, ils comptent leurs sous. Seuls les cueilleurs dotés d’un psychisme interrogatif peuvent le percevoir, et encore… Tu résistes et t’arcboutes ? Dommage, j’espérais que tu avais le niveau pour comprendre sans te sentir jugé en tant qu’artiste. Ok, oublions la noble tâche du lanceur d’alerte au service de son espèce… Je ne désespère pas pour autant que tu puisses changer d’avis en cogitant au-delà des apparences de ce monde façonné par des psychismes infantiles qui, parfois, se rebellent en se révélant artistes. Tous les artistes disent que quelque chose ne va pas en ce monde, oui, tous les artistes sont des soigneurs magnifiques. Ils montrent aux humains qu’ils ont perdu quelque chose qui leur appartenait avant qu’ils ne se déconnectent de leur véritable nature. En leur montrant, c’est comme s’ils cherchaient à leur rendre. C’est ce désordre qui pousse l’artiste à traduire, quel que soit son artisanat, des pans de sa conscience qui ne peuvent s’incarner dans le réel et qui déferlent jusqu’à le submerger. J’ai baptisé cette pathologie : L’Artschizophrénie. « art »=artisan + « schizo » = fractionnement + « phrénie » = esprit. C’est une maladie utile et, contrairement aux maladies vraies, elle a une fonction dont il faut explorer les tenants et les aboutissants. L’art dit quelque chose, mais ce que nous en percevons actuellement est-il conforme aux promesses de sa fonction ? C’est ce que je vais explorer maintenant, avec un télescope dans un œil et un microscope dans l’autre pour voir sur un même plan et le psychisme mental infantile et le psychisme sensoriel adulte conversant avec l’art. Si ces réflexions t’en amènent d’autres, je t’invite à participer à cette recherche de la vérité sensorielle de notre monde. À suivre…

Le deuxième événement majeur est survenu au Néolithique, dans un cadre façonné par des psychismes infantiles pour des psychismes infantiles. La poussée démographique d’individus contaminés est telle que leur monde s’est transformé en une cour d’école incontrôlable, dans la mesure où la croissance d’un désordre, quel qu’il soit, ne peut pas dépasser un seuil critique8 au-delà duquel un ordre nouveau s’installe et maîtrise cette expansion.

La naissance des civilisations à cette époque, avec leurs organisations sociales et leurs règles politiques visant à contrôler un désordre devenu incontrôlable avec plus ou moins de bonheur, est donc bien un symptôme dû au virus culinaire. Cette interprétation des faits nous permet de comprendre pourquoi et comment le CulT a pris en main la destinée de l’humanité avec des conséquences considérables pour son hôte.

Tous les êtres humains infectés par ce virus depuis cette époque ont vécu leur vie avec un psychisme infantile. Le monde dans lequel nous vivons actuellement a été façonné par et pour des individus dotés d’un psychisme infantile. Tous les êtres humains vivants sur terre aujourd’hui sont contaminés, et vivent encore et toujours dans la nostalgie du paradis perdu de leur petite enfance calé sur un mode affirmatif ; en continuant à construire le monde à l’image de ce dernier.

Les conséquences sont, là encore, considérables mais très difficiles à repérer par des esprits contaminés ignorant que la normalité apparente de leur existence est paradoxale. Pour en prendre la mesure, il faudra que bien d’autres esprits que le mien se penchent sur cette question car c’est toute l’histoire de l’humanité qui est concernée.

Aujourd’hui, la terre va très mal, l’accroissement vertigineux du nombre d’individus, tous infectés et transmettant encore et encore le virus, arrive au bout des capacités de notre planète. Depuis que je suis né, la population mondiale est passée de 2,7 milliards à 8 milliards, juste le temps de la vie d’un seul homme = 5,3 milliards de plus. C’est juste ahurissant !

La terre n’en peut plus, et les hommes agissent comme des soigneurs en s’attaquant à des symptômes qui seront vite remplacés par d’autres tant que le virus CulT sera à la manœuvre dans leurs cerveaux : sans que personne ne puisse comprendre pourquoi l’homme est encore et toujours aussi benêt.

Pour guérir le monde durablement, il faut absolument guérir les cerveaux de ceux qui l’engendrent. Pour ce faire, il suffit de leur rendre leur psychisme interrogatif d’adulte abouti, tel qu’il a été décrit dans l’article sur la régression psychique de l’humanité.

Tant que ce virus presque parfait ne sera pas reconnu et combattu pour ce qu’il est, la saga de l’homme CulT se poursuivra. Et son hôte, Homo sensoriel, restera son otage.

Mais, aujourd’hui, nous avons un coup d’avance sur le CulT. Il est à découvert et nous savons comment le faire reculer. Le moment est venu d’initier un mouvement de libération d’Homo sensoriel.

Actuellement, il n’existe aucune « école » qui permette de transmettre toutes ces connaissances. L’alimentation est pourtant la matière la plus importante de toutes car toutes les autres dépendent d’elle. L’alimentation, c’est la matière de la vie, et cette vie-là, elle appartient à tout le monde. Pour cette raison, je vous dis à bientôt pour le lancement de « La Goélette des NéoCueilleurs ».

Dominique Guyaux

1 CulT= Culinaire Témoins. Sigle défini dans le Mémoire « Du cuit au cru » au chapitre « Projets de recherches »

2 https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0007996020300705

3 C’est-à-dire antérieur à l’alimentation transformée par la culture culinaire.

4 Du cru au cuit. Du cuit au cru. Mémoire EPHE, D. Guyaux, 2013. Chapitre 3 page 69

5 CulT, le virus culturel, partie 1

6Ce phénomène ne peut être perçu que dans le sillage d’une transition alimentaire, car moins l’alimentation est transformée et plus le retour à une libido naturelle est perceptible.

7 Joachim Rossignol, Artschizophrène graphique

8 Voir auto-organisation et « La fin des certitudes » de Ilya Prigogine.

Image de Dominique Guyaux

Dominique Guyaux

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2 Responses

  1. C’est pertinent. Je n’avais jamais vu les choses ainsi. Et je trouve que ça sonne juste. Merci pour votre éclairage.

  2. Merci Dominique, grâce à toi , ton parcours et tes recherches, je comprends enfin ce qui n’allait pas au niveau alimentaire. J’ai cherché presque toute ma vie en changeant de régime et la manière et d’aliments, le jeûne….toute une vie, 77ans, et voilà, je commence cette approche de l’alimentation brut directement pour expérimenter cette nouvelle compréhension alimentaire.🤗

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