Révélations sur les frugivores

[Texte : Dominique Guyaux / Illustration : Jo Ross]

Frugivore

Les fruits sont  bons pour la santé, 5 fruits et légumes par jour, tout le monde le sait. Mais il faut aussi savoir que de nombreuses études montrent qu’un certain nombre de pathologies sont directement imputables à une consommation excessive de fructose[1].

Or, de nombreux crudivores manquent de repères pour gérer leur consommation de fruits. Pour éclaircir un peu les choses il est important de savoir ce qu’il est préférable de faire et ce qu’il faut rigoureusement éviter de faire quand on mange cru.

Pour savoir ce qu’il faut faire, je vous invite déjà à lire l’article intitulé « Révélations sur la gestion de la plage alimentaire d’un crudivore » et « L’éloge du cru » pour avoir une vision globale et complète.

Dans cet article, je vais essentiellement parler du comportement alimentaire des frugivores radicaux. De ceux qui sont persuadés qu’à l’instar des autres primates supérieurs, nous devrions nous nourrir comme eux en consommant une part importante de fruits, ce qui ne peut se faire qu’au détriment des autres classes d’aliments. Et ça, comme nous le verrons bientôt, c’est déjà un problème en soi. Mais ce n’est pas le seul et de loin.

Pour écrire cet article, je me suis référé à un certain nombre de publications scientifiques visant à mettre en valeur les dangers d’une consommation excessive de fructose (induite par une surconsommation de soda et autres denrées alimentaires surchargées en fructose par l’industrie agroalimentaire), comparativement à un excès de glucose.

Rien à voir donc avec le frugivorisme qui nous concerne ici, sauf que leurs conclusions sont ce qu’elles sont, et ce, quelle que soit l’origine de l’excédent de fructose consommé. Nous pouvons dès lors envisager le cas très particulier, et même pas évoqué par les auteurs de ces publications, des frugivores qui consomment des quantités anormalement élevées de fruits et donc de fructose.

En bref, que disent ces publications (voir quelques références ci-dessous) ?

Elles disent que relativement au glucose, la consommation de fructose conduit à augmenter la faim et à accroitre le désir de manger. En d’autres termes, elle conduit notamment à limiter l’action d’une hormone, la leptine, qui est responsable de la satiété.

Or, si on a encore faim après avoir mangé des fruits et qu’on ne consomme que des fruits, et bien on consomme encore des fruits. Le cercle est vicieux.

Mais avant de poursuivre, il est important de rappeler la notion de disponibilité naturelle des ressources alimentaires. Des millions d’années durant, notre espèce a évolué sans supermarchés ni agroalimentaire. En Afrique, de –7 millions d’années, jusqu’à environ -2.5 millions d’année, ce sont les réalités environnementales et écologiques qui déterminaient la disponibilité naturelle des ressources alimentaires. Suivant ce critère, on peut dès lors classer les aliments en trois catégories :

  • les aliments permanents, disponibles tout au long de l’année (essentiellement les légumes) ;
  • les aliments saisonniers (essentiellement les fruits frais et les noix) ;
  • les aliments aléatoires (essentiellement les protéines animales et les sucres concentrés).

Notre système sensoriel a donc coévolué avec ces réalités et c’est pourquoi il est important d’en tenir compte dans la pratique du crudivorisme sensoriel aujourd’hui. 

Revenons maintenant à notre sujet : la part de fruits (saisonniers) consommée conditionne la place laissée pour les autres catégories d’aliments (permanents et aléatoires). Les deux sont étroitement liés. Plus on consomme de fruits et moins on consomme les autres catégories alimentaires, or les deux phénomènes sont préjudiciables en termes de santé.

  • Plus de fruits => plus de fruits, car le fructose de ces fruits consommés en excès bloque la sécrétion de l’hormone qui commande la satiété : la leptine.
  • Moins de permanents (légumes)  => moins de micronutriments => carences => déminéralisation => déchaussement puis perte des dents.
  • Moins d’aléatoires (notamment les protéines animales) => moins de protéines (car la densité protéique des protéines animales et plus élevée que celle de la très grande majorité des végétaux) => maigreur.

En ce qui concerne la perte des dents, qui peut sembler un cas extrême, j’ai personnellement croisé la route de plusieurs frugivores qui sont passés par cette difficile épreuve tant sur un plan moral que financier. Moral car la dégradation est lente et vivre édenté est difficile. Financier car le remplacement des dents est très couteux. Et là, je ne parle pas de tous ceux qui, sans avoir encore perdu leurs dents, peuvent souffrir longtemps de cette dégradation physique (gencives et caries) avant d’en arriver à perdre des dents.

Autrement dit, trop de fruits c’est trop en soi mais pas que, c’est aussi pas assez de permanents et pas assez d’aléatoires. Or nous avons besoin de tout pour vivre heureux et en bonne santé.


[1] Dr Mercola

Omnivore

Au-delà de cette approche excessive et destructrice, entre manger trop de fruits et pas assez, où est la raison ?

Elle est dans la compréhension de nos origines et des réalités environnementales qui nous ont accompagnées des millions d’années durant. Elle est dans l’équilibre des différentes catégories de disponibilité. La raison, c’est de manger (en mono-aliment) deux fruits différents chaque jour, mais pas n’importe lesquels, il faut privilégier une approche sensorielle : avec le nez bien sûr et en confirmant par le goût. On peut croire beaucoup de choses avec sa tête, mais c’est avec son corps qu’on peut savoir.

Ceci étant, deux fruits différents par jour est une moyenne qu’il faudra savoir transgresser à bon escient. Le temps des cerises n’est pas bien long et c’est à ce moment-là qu’il faut faire le plein de micronutriments spécifiques pour toute l’année.

En France, la saison des pêches et des melons, puis du raisin et des figues, sont autant de raisons de transgresser cette règle si tant est qu’on se limite à consommer ces aliments en suivant leur disponibilité saisonnière régionale.

Quant aux fruits tropicaux, ils font partie intégrante de notre plage alimentaire et ce depuis bien plus longtemps que nos fruits de saison.

Je sais bien que leur consommation induit une empreinte carbone écologiquement problématique, mais notre physiologie et notre système sensoriel a évolué avec ces fruits, en Afrique, et pendant des millions d’années. Comme nous ne sommes pas responsables de notre lieu de naissance, il me semble important d’en consommer et, tant qu’à faire, de préférence en hiver, quand les fruits de saison se font rares.

Nous avons besoin des fruits, mais nous devons absolument limiter leur consommation pour respecter leur disponibilité naturelle, même si on peut en trouver à longueur d’année dans les supermarchés d’aujourd’hui.


PS : J’ai délibérément choisi de ne pas débattre des arguments avancés par nombre de frugivores pour valider des choix extrêmes en se basant sur des considérations variées : structure et organisation de nos intestins (herbivores versus carnivores), proximité avec certains grands singes grands consommateurs de fruits etc. Nous savons en effet aujourd’hui que notre lignée a toujours été omnivore grâce à différentes techniques comme l’analyse des microtraces d’usure sur les dents fossilisées, l’analyse de la composition chimique des dents et des os fossilisés, l’étude du type de dents retrouvées et l’étude de la faune, de la flore et de l’environnement associées à ces fossiles.


Références :

– Effects of Fructose vs Glucose on Regional Cerebral Blood Flow in Brain Regions Involved With Appetite and Reward Pathways. Kathleen A. Page, MD; Owen Chan, PhD; Jagriti Arora, MS; et al Renata Belfort-DeAguiar, MD, PhD; James Dzuira, PhD; Brian Roehmholdt, MD, PhD; Gary W. Cline, PhD; Sarita Naik, MD; Rajita Sinha, PhD; R. Todd Constable, PhD; Robert S. Sherwin, MD. JAMA. 2013;309(1):63-70. doi:10.1001/jama.2012.116975

– Differential effects of fructose versus glucose on brain and appetitive responses to food cues and decisions for food rewards. Shan Luo, John R. Monterosso, Kayan Sarpelleh, and Kathleen A. Page. PNAS May 19, 2015 112 (20) 6509-6514; published ahead of print May 4, 2015 https://doi.org/10.1073/pnas.1503358112

 – Teff KL, Elliott SS, Tschöp M,  et al.  Dietary fructose reduces circulating insulin and leptin, attenuates postprandial suppression of ghrelin, and increases triglycerides in women.  J Clin Endocrinol Metab. 2004;89(6):2963-297215181085

https://www.lanutrition.fr/les-news/le-fructose-attiserait-la-faim

https://lejournal.cnrs.fr/billets/le-fructose-un-additif-problematique

https://www.santelog.com/actualites/obesite-le-fructose-favorise-lappetit-le-glucose-la-satiete

Dominique Guyaux

Dominique Guyaux

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5 Responses

  1. Bonjour,
    Je m’intéresse beaucoup au docteur Morse, et à ses résultats, j’ai cherché la contradiction sur le net, des détracteurs virulents quant à ses méthodes, résultats, etc, mais je n’ai rien trouvé de très probant. Dans la même lignée, d’ailleurs qu’Arnold Erhet. Pour en revenir à Robert Morse, bon, on est loin du rebouteux qui travaille dans sa cave au fond d’une forêt lugubre, le gars tient une clinique (sa deuxième) depuis des années, avec des résultats spectaculaires de régénération, J’aimerais comprendre alors pourquoi il n’obtient ces résultats qu’avec des fruits, (et des herbes, certes, mais qui sont plutôt des soutiens, des aides, vu l’états d’intoxication des patients), que même les légumes lui apparaissent de plus en plus comme entravant la guérison, tout au plus sont-ils utilsés pour atténuer, freiner les crises de détoxinations, et ne parlons pas de la viande, même crue, quelle qu’en soit la qualité, considérée par lui comme une des raisons principales de l’acidification du corps et de la déterioration du système lymphatique.
    Je précise, je ne suis pas fruitarien, mais je m’interroge sur la viande quand même, et son intérêt nutritionnel. J’ai lu votre article sur la salivation des gens en présence de viande. La réflexion que je me suis faite, si vous présentez la viande entière, d’un animal encore chaud, sanguinolent, alors la méthode me parait recevable, mais si vous présenter des morceau de viande sortis de votre frigo, achetés en boucherie, tels qu’ils n’existent pas dans la nature, sans les viscères, peau, sang, plumes, tête et odeurs qui vont avec, l’expérience me semble très tronquée.
    Pour finir, je m’interroge également sur l’existence de Anne Osborne, et surtout de son fils Cappi, nourri exlusivement aux fruits depuis sa naissance (et lait maternel évidemment) et en parfaite santé…mais qui vivent en australie, et dont la mère est une grande connaisseuse des fruits, et de leurs qualités, car dans votre article, vous n’abordez pas cette question de la qualité extrêmement médicore des fruits de super marché, et qui me semble bien à l’origine de tous les maux des frugivores…par exemple, j’ai essayé aussi de faire des journées de fruits exclusives, bon, pour quelqu’un comme moi avec 50 années d’omnivorisme, certes de qualité pour les 10 dernières cependant, ce n’est pas simple, mais lorque je le fais avec de fruits de qualité, de chez orkos par exemple, je remarque c’est plus facile, plus nourrisant, j’imagine.
    Bref, je ne cherche pas la contradiction, je cherche à comprendre.
    Cordialement,
    Stephan.

    1. Bonjour,
      Je trouve très bien que vous vous posiez toutes ces questions, mais concernant le Dr Morse, je connais trop peu son travail pour vous en dire quoi que ce soit.
      Par contre, concernant la viande, j’ai envie de vous dire qu’il ne faut pas confondre les sujets. La question dont vous semblez vouloir débattre est : « faut-il ou non consommer de la viande ? ». Celle que j’ai traité dans l’article « Révélations sur la viande » est : « comment un individu peut-il savoir s’il doit ou non consommer de la viande pour vivre en bonne santé ?», et ce n’est pas la même question.
      Répondre à la question que vous vous posez serait bien trop long à faire ici, et je vous renvoie à la lecture de L’éloge du cru où j’ai traité de ce sujet en profondeur.
      L’exemple de Cappi dont vous parlez ensuite me semble « relativement » intéressant car ce jeune homme n’a que 16 ans aujourd’hui, ça manque donc un peu de recul pour en tirer quelque enseignement que ce soit. De plus, cet exemple est très rare, il n’a donc, statistiquement parlant, pas de valeur scientifique. En Outre, à ma connaissance, il n’existe pas de communauté de personnes consommant exclusivement des fruits à long terme. De façon épisodique, oui, mais pas sur des décennies. Par « exclusivement des fruits », je sous-entends : « sans aucune denrée transformée en complément (par la cuisson ou autre) ».
      Je n’ai effectivement pas parlé de la qualité des fruits de supermarchés dans cet article parce que je pensais que c’était évident mais il semblerait que cela ne le soit pas pour tous. Oui, bien sûr, il faut éviter tant que faire se peut d’acheter ses fruits en supermarchés, ses légumes aussi et la viande encore. Bref, quand on mange cru, on cherche la santé et on s’oriente forcément vers du bio, à minima. Bien à vous, Dominique Guyaux.

  2. Très bon article, Dom ! Concernant « l’empreinte carbone » des aliments importés (pas seulement les fruits : les gens qui mangent cuisiné consomment beaucoup d’aliments importés de loin,ne serait-ce que le café, le cacao, le riz, souvent le blé, etc.) et tout ce qu’on mange est transporté depuis quelque part. Alors on met où la limite ? Ce ne peut-être qu’arbitraire et illogique.

    Qoi qu’il en soit, le transport des aliments est beaucoup moins énergivore que la cuisson ! http://paleocru.rawpaleodietforum.com/forum/index.php/topic,89.msg438.html#msg438

    Amicalement,
    François

  3. Bonjour! il existe des fruits permanents qui poussenten continue 12 mois par par année en milieu tropical en plus des fruits saisonniers. Il existe differente categorie de fruits…. De moins adapté à lhumain au plus adapté à lhumain… si une personne fait sa base calorique dans une famille de fruit pas adapté du tout à lhumain il va avoir une difficulté.. mais si on fait la base calorique sur la famille de fruit la plus adapté à lhumain tout va se passé tres bien. Les recherches sur le fructose sont fait un produit ultra-transformé et raffiné..on ne peut induire le meme résultat d`un aliment entier à partir de ces recherches sur le fructose ultra-transformé et raffiné.. L`humain est plus adapté au fruit non-acide , sucré et tropical pour faire sa base calorique. Les besoins en protéine sont très faible… Au moment le plus important de la croissance humaine le lait maternel est très faible en protéine variant de 2% à 6% du total de calories des protéines.et meme pendant certaines periode peut chuter en bas de 2%.
    L`espèce n`est pas adapté à un apport riche en protéine malgré que le mythe persistant des performances musculaires liés à la protéines..Mes plus gros gains musculaires ont été la résultant dune augmentation massive des gluicides et non pas des protéines..
    Les besoins en noix, graines et légumes sont étroiment liés à la base calorique de fruits de qualité et adapté à l`humain… Plus c`est de qualité et adapté à l`humain plus il n`y aura pas de besoin de complémenter avec noix, graines, légumes…

    Merci

    1. Bonjour Sophie,
      Vos deux premières phrases sont tout à fait justes. Ces fruits disponibles à l’année sont à classer dans les permanents. Notre système sensoriel les considèrera comme tel avec donc des appels sensoriels faibles et des arrêts sensoriels forts.
      Quand à la deuxième phrase, et bien oui, il y a différentes catégories de fruits suivant leur disponibilité naturelle. On peut les classer suivant pleins d’autres paramètres, mais celui-là est en avant ligne pour le système sensoriel avec lequel ils ont coévolué durant des millions d’années.
      Quant aux phrases suivantes, rapportées à l’approche sensorielle, elles sont juste hors sujet …
      Cordialement,
      Dominique

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