La notion de l’existence d’un univers mental particulier associé à un comportement alimentaire donné, ne présente pas grand intérêt en soi car l’alimentation culinaire, peu ou prou transformée, a été adoptée par l’ensemble de l’humanité dans l’ignorance totale de l’existence d’une alternative crédible à son hégémonie.
Ce n’est qu’à partir du moment où on reconnait l’existence d’une alternative alimentaire non transformée que l’idée devient intéressante à étudier, si tant est que cette dernière soit suffisamment étayée par la science.
Or, c’est le cas aujourd’hui avec l’approche sensorielle de l’alimentation dont la classification NOVA vient de reconnaître implicitement la valeur exceptionnelle en termes de potentiel santé1.
Maintenant que cette alternative au culinaire est bien documentée et que son potentiel santé est scientifiquement reconnu, une étude comparative entre l’univers mental induit par le culinaire et l’univers mental induit par l’approche sensorielle de l’alimentation, s’impose de fait. En effet, la mise à jour d’éventuelles différences entre les deux offre de belles perspectives dès lors qu’on s’intéresse à la transition alimentaire entre les deux mondes.
Concernant l’univers mental du culinaire, il est important de prendre en compte sa réalité tentaculaire : les courses, le stockage à la maison, la cuisine, les restos, les amis invités et invitants, et puis tous les coups de cœur, cette boulangerie au coin de la rue, ce bistrot et toutes ces habitudes au service d’une dose de plaisir «sûr», de plaisir «à tous les coups».
Et puis le temps aussi, tous les jours, de tous les mois de toute l’année, c’est en permanence que ces réalités s’entrecroisent et s’ancrent profondément dans le cerveau. C’est pourquoi tout changement de comportement alimentaire profond bouleverse profondément cet univers mental particulier.
Or, une transition alimentaire du cuit (transformé) au cru (sensoriel) est un changement profond. D’où la nécessité d’y réfléchir avec pour objectif de faciliter le glissement de l’un vers l’autre pour le meilleur et sans le pire.
Le premier point qui me semble important de souligner, c’est qu’il faut faire de la place dans son cerveau pour accueillir cet univers mental naissant. Pas seulement en vous éloignant de l’univers mental culinaire, il faut aussi penser à renseigner le nouveau mental pour qu’il se connecte et génère son propre univers.
Nous avons déjà esquissé les contours de l’univers mental du culinaire, voyons maintenant comment nous pouvons caractériser celui du sensoriel, car pour faire de la place à quelque chose, il faut bien évidemment commencer par définir ce quelque chose. Ce n’est qu’après avoir posé ces bases que nous pourrons chercher par quels moyens ou techniques il serait possible de dérouler un tapis rouge à cette transition d’un univers psychique paradoxal vers un « pseudo » univers psychique naturel.
Pour parler de l’univers mental du cueilleur, rien de tel que de s’immerger dans son monde. Sans oublier qu’aujourd’hui ce n’est qu’en tant que metteur en scène que nous pourrons reproduire ses réalités dans notre monde, et en tant qu’acteur que nous pourrons en profiter tant que faire se peut.
Il est clair que le cueilleur originel, il s’en fichait royalement des catégories alimentaires, car il ne jouait pas un rôle dans une pièce de théâtre aux décors reconstitués par un metteur en scène. Alors que c’est exactement ce que doit faire une personne qui souhaite aujourd’hui, dans un environnement culinaire totalement déconnecté des réalités environnementales du cueilleur.
Le cueilleur était naturellement et totalement soumis à la disponibilité naturelle des aliments et, sensoriellement, il y était aussi parfaitement adapté2. Les appels sensoriels très faibles des permanents, l’ambivalence des saisonniers et les appels puissants des aléatoires, ils les vivaient de l’intérieur, sans avoir besoin d’y penser une seule seconde. Des amoureux, les élus de sa propre santé, il en avait dans chaque catégorie alimentaire et tous y étaient associés à leur environnement naturel. Chaque fruit, chaque légume, la moindre noix, un coquillage ou une algue, c’est chaque fois aussi un lieu, une saison, une ambiance, c’est tout un univers qui est connecté à l’aliment.
Et le cueilleur d’aujourd’hui, il n’a pas tout ça, mais il a une carte majeure à jouer, car il a besoin d’amoureux dans toutes les catégories pour être heureux ; et c’est en s’occupant de ses amoureux en permanence qu’il pourra, comme son ancêtre, profiter à 100% de l’état interrogatif de son mental. Quand vous avez déjà littéralement craqué sur les noix, à vous en pâmer d’aise, alors oui, vous allez vous bouger quand la saison va pointer son nez. Ce sont toutes ces histoires, associées à chacun de vos amoureux, potentiels, avérés ou momentanément déchus, qui doivent trouver une place dans votre esprit pour ce qu’elles sont. C’est-à-dire une part de votre identité connectée à votre plage alimentaire naturelle. Lorsqu’une catégorie alimentaire est connectée, elle devient un resto magique à ciel ouvert, mais il faut la surveiller en permanence, au risque de vous retrouver tôt ou tard à tenir la chandelle autour d’un plat de spaghettis bolognaises. Plus vous aurez de catégories connectées et plus votre identité interrogative pourra s’épanouir et plus vous serez heureux de vivre3.
Ceci étant, cet univers mental de substitution n’est pas aisé à mettre en place car les histoires culinaires ont la peau dure et durant la transition alimentaire, les histoires sensorielles naissantes sont fragiles. C’est pourquoi j’ai imaginé le « Journal de bord des élus » que je vous présente aujourd’hui et que vous trouverez dans un package en libre accès sur le site dans le menu « Alimentation Nouvelle ». Vous y trouverez un modèle du « Journal des élus sensoriels » et un mode d’emploi incluant 3 exemples permettant de visualiser son fonctionnement.
J’espère que cet outil pourra vous aider à faire une place dans votre mental pour que votre cueilleur sensoriel interrogatif fraîchement éclos puisse s’y ancrer en toutes connections…
Et sur ces mots, je vous souhaite une belle navigation vers vous-mêmes.
Dominique Guyaux

